Les grandes surfaces prêtes à fermer le dimanche

C’est peut-être bientôt la fin de la valse des chariots et des parkings bondés, le dimanche matin, dans les hypermarchés. Alors que le président de la chambre de commerce et d’industrie a relancé le débat lundi dernier en plaidant pour la fermeture des grandes surfaces le dimanche, il apparaît que sa position fait l’unanimité auprès des trois grands de la distribution. Même la société Vindémia - magasins Score et Jumbo Score -, farouchement opposée à une telle éventualité jusqu’à présent, se dit prête à se ranger à l’avis général. Qu’est-ce qui motive les hypers à bien vouloir réduire la fenêtre de leur chiffre d’affaires ? Comment la loi peut-elle changer ? Qu’en pensent les consommateurs ? Éléments de réponse avant la fermeture des caisses.
 

Dès sa rentrée, lundi dernier, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de la Réunion, Éric Magamootoo a remis sur le tapis cette question récurrente : les commerces doivent-ils ouvrir le dimanche ? Dans une volonté en partie stratégique de réaffirmer sa lutte pour la défense des intérêts des petites entreprises locales, le président de l’institution a plaidé pour la fermeture dominicale des grandes surfaces. Il doit soumettre le dossier à la ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, Michèle Alliot-Marie, lors de son séjour à la Réunion dans quelques jours. “L’arrêté préfectoral qui organise l’ouverture des commerces le dimanche n’est plus en phase avec l’évolution de la société réunionnaise ni avec la situation du commerce de proximité face à la grande distribution, déclare Éric Magamootoo. Le commerce local est essentiellement composé de petites structures qui créent des emplois mais qui demeurent fragilisées par la présence forte de la grande distribution.” La chambre de commerce a entamé une enquête auprès de ses ressortissants et rassemblera à son issue les acteurs locaux du commerce et les syndicats de salariés. “L’objectif est de parvenir à un consensus qui permette une nouvelle intervention du préfet dans ce dossier”, explique Éric Magamootoo. La position de ce dernier est claire. “Je souhaite la fermeture dominicale de la grande distribution, lance-t-il. Cela représentera une bouffée d’oxygène pour les petits commerces.” Jusqu’ici, certains acteurs avaient déjà affiché une volonté semblable. C’est le cas de l’intersyndicale CFDT-CGTR-FO-CFTC qui a abouti lors d’une réunion en juin dernier à une position commune qui consiste à réclamer la fermeture de tous les commerces le dimanche. “Nous avons déjà demandé à plusieurs reprises l’ouverture de négociations sur ce sujet à certains patrons mais nous nous sommes toujours heurtés à un mur, déclare Jean-Pierre Rivière, secrétaire général de la CFDT. Nous refusons cette tendance des dirigeants de grandes surfaces à banaliser le travail dominical en le prévoyant dans les contrats de travail.” La position de la CGTR est tout aussi tranchée.

 
“pas lieu d’être ouvertes”
 

“Le code du travail est clair, déclare Jean-Patrick Therinca, secrétaire confédéral de la CGTR. Le dimanche est le jour de repos hebdomadaire, sauf quand un service minimum est indispensable. Les grandes surfaces n’ont donc pas lieu d’être ouvertes le dimanche. Quant à dire que le travail dominical représente un avantage financier apprécié par certains salariés, c’est tomber dans un cercle vicieux. Car le salaire dominical n’est pas toujours majoré et il ne devrait pas être nécessaire de travailler le dimanche pour disposer de revenus suffisants.” L’antenne locale de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises) affiche aussi depuis plusieurs années son désir de voir la grande distribution fermer le dimanche au profit des commerces de proximité. “Nous sommes favorables à la fermeture dominicale des grandes surfaces et à l’ouverture ce jour-là des marchés, des boutiques et des artisans, afin de développer la production locale, dans un esprit d’équilibre et d’harmonie du tissu commercial, déclare Pascal Thiaw-Kine, président du syndicat patronal. Cela constituerait une vraie chance de rééquilibrer et de développer l’activité des petits entrepreneurs. Malheureusement, nous ne sommes encore jamais parvenus à un consensus”, ajoute-t-il. Et pour cause, Vindémia (groupe Casino), qui détient les magasins Score et Jumbo Score, ou du moins l’ex-directeur de cette société, Jean-Marc Brébion, avait toujours opposé son veto à une éventuelle fermeture dominicale des grandes surfaces. Il semble qu’avec l’arrivée du nouveau directeur, Daniel Sicard, en avril dernier, le vent ait tourné. “Nous nous sommes accommodés jusqu’à présent de dispositions légales anciennes mais nous ne sommes plus opposés, aujourd’hui, à la fermeture des grandes surfaces le dimanche, affirme Isabelle Bogdan, chargée de la communication pour la société Vindémia. Si ce thème est rediscuté par les acteurs concernés, nous nous rangerons à l’avis général”, précise-t-elle. Ces déclarations confortent donc l’hypothèse d’une petite révolution possible dans le monde des hypers, dans la mesure où les deux autres poids lourds de la distribution n’apparaissent pas non plus opposés à la fermeture dominicale des grandes surfaces.

 

CAILLÉ DIT OUI, HAYOT NE DIT PAS NON

 

Certes, en tant que président du Medef, la position de François Caillé n’est pas tranchée. L’homme semble marcher sur des œufs. “Notre syndicat des grandes et moyennes surfaces est en sommeil depuis plusieurs années et nous travaillons à le réactiver, déclare-t-il. Dans ce contexte, le Medef n’a pour l’instant pas de position claire sur la question de l’ouverture dominicale des commerces.” Mais quand il enfile sa casquette de président du groupe Caillé (enseignes Champion, Dia), l’homme se dit favorable à la fermeture de la grande distribution le dimanche. “Ce serait une bonne chose que les grandes surfaces restent fermées le dimanche pour laisser la place aux petits et moyens commerces, ceux dont la superficie n’excède pas 1 500 m2, affirme François Caillé. Ce serait un signe de solidarité et favoriserait un meilleur équilibre. En revanche, tous les commerces ne doivent pas rester fermés car il faut répondre aux besoins de la clientèle. La forte fréquentation de nos magasins le dimanche matin atteste de cette demande.” François Caillé, dont la holding détient 20 % des parts des deux enseignes Carrefour de l’Île, ajoute en outre que leur actionnaire principal est dans le même état d’esprit. “Le groupe Hayot partage notre approche sous condition, bien sûr, que l’ensemble de la profession fasse de même”, déclare François Caillé. Interrogé, le directeur des magasins Carrefour, Amaury Delavigne, qui affirme ne pas communiquer avec la presse “par principe et par habitude”, n’a cependant pas infirmé ces propos. Ainsi, les trois grands de la distribution, Vindémia, Caillé et Hayot, qui détiennent à eux seuls près de 75 % de la superficie des grandes et moyennes surfaces à la Réunion (données au 1er août 2007 de l’Ordis, Observatoire réunionnais de la distribution), ne feraient pas obstacle à la volonté des autres acteurs de voir les grandes surfaces fermer leurs portes le dimanche. Si la direction du travail ne se montre pas enthousiaste sur l’éventualité d’une table ronde sur le sujet, elle ne fera pas obstacle à la volonté des acteurs. Le directeur adjoint de la DDTEFP (Direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle), Gilbert David, a accepté d’organiser une réunion informelle sur le sujet, hier, à la demande des syndicats de salariés. Mais, selon lui, le moment n’est pas opportun pour modifier la législation en cours. “Un débat sur la question du travail dominical est prévu pour la rentrée parlementaire, dans les prochaines semaines, rappelle Gilbert David. Il vaudrait mieux laisser évoluer les choses au plan national avant de changer les règles au plan local. Le temps que les partenaires sociaux se mettent d’accord à la Réunion, la loi française aura peut-être changé et rendu caduc tout ou partie du nouvel accord.” Une vision pessimiste, sans doute, car qui peut le plus peut le moins. Quand bien même la législation au plan national évoluerait-elle vers plus de lest pour l’ouverture dominicale des commerces, petits ou grands, rien n’empêcherait les acteurs locaux, s’ils parviennent à un consensus, d’organiser un nouveau mode de fonctionnement, plus restrictif, mais qu’ils estimeraient davantage adapté à la réalité économique locale. Ne resterait au préfet qu’à traduire cette volonté commune par de nouveaux arrêtés et aux Réunionnais à choisir parmi les six jours ouvrables pour aller pousser le chariot.

Textes : Séverine Dargent

Lu sur :
http://www.clicanoo.com/article.php3?id_article=162851

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