Le gouvernement avance masqué

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FO a dénoncé l’amendement voté au Sénat dans la nuit du 13 au 14 décembre, qui autorise l’ouverture le dimanche, sur tout le territoire, des magasins d’ameublement. C’était au siège du MEDEF, en marge de négociations entre patronat et syndicats, que la rupture du contrat de travail, «à l’amiable», sépare toujours.


En catimini, sans consultation ou concertation préalable, les sénateurs ont adopté un amendement à la loi dite «loi Chatel» pour autoriser les magasins d’ameublement à ouvrir tous les dimanches.

Cela signifie clairement que les sénateurs ont été sensibles au lobbying exercé par le patronat de ce secteur.undefined Ils sont d’habitude moins enclins à une telle précipitation, par exemple quand il s’agit de leur régime spécial de retraite.

De fil en aiguille, l’objectif est de banaliser le dimanche comme jour de travail. D’ores et déjà, entre les cinq dimanches de dérogation par an, les exemptions et les zones touristiques, les ouvertures existent. À chaque fois qu’une dérogation est introduite, il est fait référence aux sacro-saints principes de la libre concur-rence, du laisser-faire, pour que la dérogation devienne la règle.

Officiellement, il ne s’agit pas de généraliser le travail le dimanche qui continuerait à bénéficier d’une surrémunération. Mais de dérogation en extension, on tend de plus en plus à le banaliser: quand ce sera le cas, il est évident qu’il sera rémunéré comme un autre jour ouvré.

Il en est de même pour la durée légale du travail. Officiellement, elle n’est pas remise en cause mais la volonté de négocier la durée collective du travail, entreprise par entreprise, finirait par ranger les 35 heures au rang des souvenirs.

Le commerce est bien entendu le premier secteur visé, mais il est patent que l’extension à d’autres activités (banques, assurances, services divers, y compris les services publics) est dans les tuyaux.

Il y a derrière cette volonté de banaliser le travail le dimanche une nouvelle tentative de rendre de plus en plus floues les frontières entre vie au travail et vie privée.

En d’autres termes, le travail envahit de plus en plus la vie privée, provoquant pertes de repères et désocialisation. Ce dossier ainsi que ceux découlant du slogan «travailler plus pour gagner plus» s’inscrivent de manière renforcée dans une logique de flexibilité et de dérégulation sociale accrues face à une rigidité économique de plus en plus lourde et des inégalités sociales de plus en plus fortes.

Il en est de même s’agissant des annonces concernant l’avenir du service public. La RGPP (Revue générale des politiques publiques) annoncée la semaine dernière vise avant tout à réduire de manière drastique les dépenses publiques et sociales.

La logique strictement budgétaire et restrictive l’emporte sur les principes républicains.

Comme nous l’avions expliqué, nous ne sommes pas contre ce qu’on appelle une réforme de l’État. Encore faut-il qu’au préalable il y ait un vrai débat sur le rôle et la place des services publics dans la République. Promis à l’automne ce débat n’a jamais été ouvert, ce qui est significatif et révélateur. Il ne s’agit pas de renforcer ou de consolider les principes républicains, mais de les contourner pour les étouffer.

Pour ne prendre qu’un exemple, pourquoi faudrait-il confier à un opérateur (privé?) le service public du permis de conduire? Parmi les motifs évoqués sont cités les délais d’attente et le trop fort taux d’échecs. Sur le premier point, il suffit peut-être de recruter. Sur le second, faut-il faire du chiffre au détriment de la sécurité routière?

On le voit, sur ces trois dossiers (travail le dimanche, durée légale du travail, avenir des services publics) comme sur d’autres (pouvoir d’achat), les pouvoirs publics avancent masqués, la communication tenant lieu de conviction.

«Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.»

Fort heureusement, les faits sont têtus.

À nous de dire les choses, d’expliquer et de convaincre. undefined
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