Dans la Vienne, syndicats et patrons font front commun

LE MONDE | 13.11.08 | 14h40

ENVOYÉ SPÉCIAL POITIERS

"Notre gros souci, c'est le travail le dimanche." Un peu rougissante, Brigitte s'est lancée la première. Exprimant ainsi la principale préoccupation de la vingtaine de salariés du commerce, militants et élus Force ouvrière (FO), venus accueillir, ce vendredi 7 novembre, leur secrétaire général, Jean-Claude Mailly, au Géant Casino de Poitiers.

"Pas question de laisser faire, on va démarrer une campagne auprès des députés, d'autant qu'ils ne sont pas tous d'accord à l'UMP", répond ce dernier. "C'est stupide comme réponse à la crise, et derrière cette proposition gouvernementale, il s'agit de banaliser cette journée, pas seulement dans le commerce mais aussi dans les services, et de payer le dimanche comme les autres jours", affirme M. Mailly, qui sillonne le pays à l'occasion de la campagne pour les élections prud'homales mercredi 3 décembre.

Dans ce département de la Vienne, la réforme envisagée par le gouvernement fait d'autant plus parler qu'employeurs et syndicats s'étaient mis d'accord pour limiter à deux par an les dimanches travaillés. "On a un allié de poids avec la chambre de commerce et d'industrie", se réjouit Alain Barreau, le représentant local de FO. Invité avec les salariés à la cafétéria, le directeur du Géant Casino, Philippe Vila, confirme : "Nous n'avons pas besoin d'ouvrir le dimanche, il n'y a pas de demande."

"MORT DU PETIT COMMERCE"

Une heure plus tard, Jean-Claude Mailly a rendez-vous avec le président de la CCI, Jean-Bernard Lasalle. Ce responsable patronal raconte comment il veille lui-même à la stricte application de l'accord en n'hésitant pas à décrocher son téléphone pour rappeler à l'ordre les gérants de magasin. "J'ai négocié en 2003 un accord sur le travail le dimanche et, quand il y a un problème, j'appelle et j'arrive à faire fermer les magasins en les convainquant que le porte-monnaie des consommateurs n'est pas extensible", explique M. Lasalle. Adhérent du Medef, il est pourtant en désaccord avec sa présidente, Laurence Parisot, favorable au travail le dimanche. "Je ferai tout le nécessaire pour me battre, parce que, dans quelque temps, ce sera la mort du petit commerce", explique-t-il. Jean-Claude Mailly n'en demandait pas tant.

Après un déjeuner pris avec les militants, le numéro un de FO développe l'argumentaire devant quelque 150 personnes. Dans la salle des fêtes de Buxerolles, M. Mailly enfonce le clou sur le travail le dimanche et le "travailler plus" prôné par le chef de l'Etat. "Il est anormal que quand des enseignes ne respectent pas la loi, lance-t-il, le gouvernement, au lieu de les sanctionner, décide qu'il faut, en changeant la loi, rendre légal ce qui était illégal." Le responsable syndical brocarde l'incohérence du gouvernement, de Xavier Bertrand, rebaptisé le "ministre du travail-le-dimanche", et de Xavier Darcos, surnommé le "ministre Pampers" - depuis que celui-ci a déclaré que les enseignants en maternelle changeaient les couches. "On supprime l'école le samedi matin pour que les enfants puissent rester avec leurs parents, et on envoie les salariés travailler le dimanche, où est la logique ?", s'interroge Jean-Claude Mailly.

Prud'homales obligent, le secrétaire général de FO attaque violemment l'accord sur la représentativité soutenu par la CGT, la CFDT, le Medef et la CGPME. "Nous, globalement, on n'a pas peur. Même si on souffrira dans certaines entreprises comme tous les autres syndicats", déclare-t-il. A 17 heures, M. Mailly, avant le "dernier verre" avec les militants, s'engouffre dans la grosse berline qui le ramène à Paris.

Rémi Barroux
Article paru dans l'édition du 14.11.08.
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/13/dans-la-vienne-syndicats-et-patrons-font-front-commun_1118090_823448.html
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