Travail le dimanche : le débat repoussé… depuis trente ans

Travail le dimanche : le débat repoussé… depuis trente ans

Par Augustin Scalbert | Rue89 | 17/12/2008 | 21H29


Alors que l'examen du très controversé texte de loi sur le travail du dimanche a tourné court cette nuit à l'Assemblée après de fortes tensions dans les travées, Rue89 revient en images sur trois décennies de discussions sur ce thème.

On pourrait remonter à ce reportage de l'ORTF qui, en 1969, revenait sur "la vie ancienne" aux halles de Paris, qui venaient de disparaître. Parmi les témoignages, certains évoquent le fait de ne pas avoir de dimanche.

Mais dans les archives de l'INA, c'est dix ans plus tard que le débat commence à prendre les mêmes formes qu'aujourd'hui. Le ministre du Travail du gouvernement Barre, Robert Boulin, vient de recevoir un rapport sur "l'aménagement du temps". Léon Zitrone introduit ainsi le long reportage qu'Antenne 2 consacre au travail dominical:

"Il semble qu'il y ait un consensus pour ébranler un peu plus encore la notion si longtemps sacro-sainte du repos hebdomadaire le dimanche [...], sauf de la part de certains petits commerçants, des syndicats, et parfois des employés de ces grandes surfaces."

Un "héritage chrétien devenu acquis social"

Pendant près de cinq minutes, Antenne 2 nous promène dans un centre commercial des Essarts-Le-Roi, dans les Yvelines. Le commentaire débute ainsi: "Héritage chrétien devenu acquis social, le repos obligatoire du dimanche se fendille chaque week-end." (Voir la vidéo)

 

 

On ne sait pas qui, syndicaliste, client ou employé, dit qu'"à Conforama Orgeval, il y a 40% du personnel qui est divorcé, c'est assez significatif".

L'argument de la vie de famille

L'argument familial est aussi développé dans un reportage d'Antenne 2 sur une manifestation syndicale contre l'ouverture dominicale du Printemps, à Paris, en 1986, sous le gouvernement Chirac. "Pour nous, ce serait une véritable catastrophe familiale", assure un militant.

Alors que le grand magasin justifie l'ouverture exceptionnelle par "le manque à gagner" dû à "la vague terroriste", une syndicaliste essaie de convaincre un client: "C'est le travail en continu qui est en question."

La reporter d'Antenne 2 semble avoir choisi son camp: "Objectif des 200 manifestants de la CFDT, de FO et de la CGT: sensibiliser, voire même dégoûter les consommateurs qui ont eu la mauvaise idée de venir faire leurs courses ce matin." (Voir la vidéo)

 

 

En 1991, le gouvernement Rocard planche sur ses "grands travaux de printemps". Parmi ceux-ci, l'ouverture des magasins le dimanche, qui mobilise différents "groupes de pression". Les annonceurs se sont même payé une page de publicité dans les quotidiens, avec un slogan empreint d'accents de révolte:

"Interdire aux commerçants d'ouvrir librement le dimanche, [...] c'est interdire aux Français de vivre librement leur dimanche."

Mais le ministre du Commerce de l'époque, François Doubin, le répète à la télévision: "Mon objectif, c'est de ne pas banaliser le dimanche, c'est que le moins de Français possible travaillent le dimanche."

L'argument de la liberté de choix

En tête du lobby des publicitaires, un "fils de pub" déjà connu et déjà bronzé, Jacques Séguéla, qui proteste en appelant la France au sursaut: "Quand est-ce que ce pays va se réveiller?" (Voir la vidéo)

 

 

Déjà présente dans le débat en 1991, la chaîne Virgin Megastore est passée à la vitesse supérieure en 1993, sous le gouvernement Balladur, en lançant une campagne médiatique. A tel point que le socialiste Georges Sarre se demandait si la loi, qui prévoyait une exception pour les "biens et services d'activités de loisirs" et les zones touristiques et thermales, allait être votée pour ce magasin.

A gauche, on fustigeait "un coup de plus porté au Code du travail", qui ne créerait pas de nouvel emploi. A droite, le texte était jugé "trop timide" par de nombreux députés. (Voir la vidéo)

 

 

L'argument du chiffre d'affaires

2006: le magasin Virgin Megastore des Champs-Elysées a gagné. Mais pas le nouveau magasin Vuitton, qui se trouve de l'autre côté de l'avenue. Le commerce culturel contre le commerce non culturel. Et, comme dans chaque reportage depuis bientôt trente ans, un commerçant explique qu'il fait un bon tiers de son chiffre d'affaires le dimanche. En l'occurrence, 40% pour une petite commerçante du Marais, à Paris. (Voir la vidéo)

Mis à jour le 18/12/2008 à 08h17 après l'interruption des débats à l'Assemblée.

 

 

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