PETITE HISTOIRE D’UN CENTENAIRE - LE REPOS DOMINICAL

En France, le dimanche est devenu jour de repos et de la famille après une longue mutation qui s’amorça au milieu du XVIIIème siècle pour s’achever en 1906. En ce début de XXIè siècle, vivement remis en cause, le repos dominical mérite bien que l’on retrace ses années de luttes et de débats.

 

En effet, des Philosophes des Lumières, farouches anticléricaux et libéraux, jusqu’au Premier Empire autoritaire, ont jugé à l’instar de Napoléon que si « le peuple mange le dimanche, il doit pouvoir travailler le dimanche. » Cependant entre 1802 et 1814, le dimanche chômé est prévu pour les administrations publiques et les institutions judiciaires.

 

Si aujourd’hui cela peut nous surprendre, c’est sous la Restauration, en 1814, qu’une première loi imposa le repos dominical. Mais cette dernière qui prévoyait des sanctions financières et pénales à l’encontre de ses contrevenants, tomba progressivement en désuétude.

 

En parallèle, héritée du mouvement révolutionnaire de 1789, naît dans le milieu ouvrier la culture contestataire de la "St Lundi". Ces défendeurs du lundi chômé refusaient le symbole religieux contenu dans ce 7ème jour de la semaine ; ces laïcs militants profitaient également de cette journée de repos pour organiser des meetings politiques, les rassemblements syndicaux et les déjeuners citoyens.

 

Avec l’arrivée des Républicains en 1879, une série de dispositions législatives et réglementaires laïcisent le pays. En 1880 ils votent l’abrogation de la loi de 1814, du même coup celle du repos dominical. L’employeur est seul juge pour accorder ou non un jour de repos hebdomadaire et libre de fixer ce jour. Mais une forte opposition va naître contre cette loi rassemblant aussi bien les membres du clergé, la droite traditionaliste, les partisans de la familles, des socialistes réformateurs ou encore des médecins hygiénistes alertés par les conditions de travail et de santé des employés. Leurs nombreux arguments sont aussi divers que variés : renforcement du lien familial garant des bonnes mœurs, éducation de la masse ouvrière par des activités culturelles inaccessibles en semaine, repos du corps, diminution du risque de délabrement physique ou moral, augmentation de la productivité, le devoir d’assister à la messe, l’unification du rythme de vie de tous les citoyens, mais aussi faciliter la tâche… de l’inspection du travail ! De plus la déchristianisation étant assez avancée et les preuves de la laïcité de l’Etat faites, le caractère religieux du dimanche peut passer largement au second plan. Mais au sein du mouvement ouvrier comme chez certains grands patrons, c’est un tollé. L’attention y est surtout focalisée sur la mise en place ou non des « trois-huit » et de nombreuses raisons de réticence au dimanche chômé subsistent. Certains craignent une baisse conséquente des salaires, d’autres y voient une entrave à la liberté du travail ou encore un renforcement de l’emprise cléricale et surtout une mesure de plus prise dans le processus de « disciplinarisation » de la main-d’œuvre.

 

 

Finalement après de multiples débats houleux, le repos hebdomadaire, pour le privé comme pour le public, pour les femmes comme pour les hommes, est fixé au dimanche. Mais ce n’est qu’après la guerre de 14-18 qu’il sera réellement appliqué et encore avec des difficultés -comme toujours- dans l’industrie et le commerce. Notons également qu’en 1917, la semaine anglaise apparaît – bien que confinée dans un cadre étroit puisque appliqué uniquement aux ouvrières du textile ; cette mesure sera appelée « le samedi du balai ». Elle sera finalement généralisée en 1936, lors de la mise en place de la semaine de quarante heures qui prolonge sensiblement le repos hebdomadaire ; la semaine de cinq jours était née.

 

Malheureusement, on assiste depuis les années 1980, au développement de groupes de pressions financiers, commerciaux ou industriels, avides de main-d’œuvre peu onéreuse et toujours disponible, souhaitant grandement l’abrogation de la loi de 1906. Outre la rentabilité économique et l’augmentation des emplois, les arguments invoqués détournent les arguments familiaux de 1906 : cela répondrait à une demande des consommateurs de faire leurs courses et activités culturelles le dimanche. En 1989, un rapport du Conseil Economique et Social a cependant détruit un à un ces arguments en affirmant qu’au contraire cela entraînerait la destruction du commerce de proximité, l’affaiblissement financier des fournisseurs, le développement du consumérisme et par-dessus tout, l’exclusion familiale et sociale des employés travaillant le dimanche. Une circulaire ministérielle en 1994 rappellera encore « ce principe fondamental du repos dominical […] Le respect de cette réglementation constitue à la fois une règle protectrice des salariés et une condition du maintien de l’égalité entre commerçants ». On aimerait pouvoir saluer plus souvent le juste regard de nos gouvernants…

Souhaitons que nos ministres aillent rapidement faire un tour dans leurs archives, cela leur évitera d’une part de se contredire tous les dix ans et d’autre part d’oublier ces siècles de combats d’hommes et d’idées de tous bords, pour ce repos, pour tous, le dimanche.
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