LES grilles des grands magasins parisiens du boulevard Haussmann resteront donc fermées le dimanche, conformément à la décision du Conseil de Paris ce lundi 7 juin. Il fallait s'y attendre: Bertrand Delanoë n'a jamais caché son hostilité au travail dominical. Il n'empêche, le Printemps et les Galeries Lafayettes, fer de lance du combat pour l'ouverture dominicale, ont accumulé les erreurs grossières de lobbying.

Particulièrement sûrs de leurs arguments, les deux mastodontes du boulevard Haussmann sont partis seuls au combat défendre leurs intérêts très particuliers, oubliant qu'il fallait convaincre une seule personne, le maire socialiste de Paris, seul décisionnaire. A l'évidence, les arguments avancés, économiques essentiellement (600 emplois créés), ne suffiraient pas. Il fallait faire feu de tout bois. Curieusement, le comité Haussmann ne s'est pas fait accompagner sur ce sujet par des conseils en communication ou des cabinets de lobbying.

Solitaires dans leur approche, le Printemps comme les Galeries n'ont jamais cherché à entraîner dans leur combat les autres grands distributeurs parisiens. Les Halles, la rue de Rivoli, Italie 2, la Fnac auraient pu être des alliés dans cette affaire et ce même si le périmètre concerné se limitait au boulevard Haussmann. Plus étoffé, le comité Haussmann aurait pesé davantage. Faire bonne figure vis-à-vis de la mairie de Paris aurait notamment consisté à prendre en considération le petit commerce. Convaincre des petits commerces de les suivre sur le dimanche aurait évidemment été un argument de poids.

En campagne pour obtenir l'ouverture dominicale, le comité Haussmann ne pouvait pas non plus ne pas savoir quelle importance la mairie de Paris accorde aux riverains et aux différents comités de quartier. Or, là encore, jamais les responsables des grands magasins ne se sont donnés la peine d'aller présenter leur projet aux habitants du 8è et du 9è arrondissement. Pourtant, il leur fallait à tout prix retourner l'opinion publique contre la mairie de Paris.

Comment aussi comprendre l'acharnement des deux magasins à vouloir à tout prix ouvrir pendant le deuxième tour des régionales, le dimanche 21 mars, alors que l'abstention faisait la une des journaux? Quel signe cherchaient-ils alors à envoyer à la mairie à quelques semaines de la décision finale? Voilà encore une erreur que les élus parisiens ont eu du mal à leur pardonner.

par Thiébault Dromard, journaliste à Challenges, le lundi 7 juin 2010.


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