Les Bricoleurs du dimanche: un mouvement «spontané» entièrement pipeauté

  • REPOS DOMINICAL oui, TRAVAIL DU DIMANCHE non
  • Revue de presse

Affaires Cazuhac, DSK, Kerviel, Bettencourt, dans « Jeu d’Influences », un livre et un documentaire diffusé ce soir sur France 5, le journaliste Luc Hermann propose une enquête sur les stratèges en com qui conseillent ces personnalités prises dans la tourmente. Une influence parfois exagérée, mais aussi de vrais talents de metteurs en scène. Un exemple avec le mouvement des « Bricoleurs du dimanche », le mouvement des salariés des enseignes Castorama et Leroy-Merlin favorables au travail dominical. Une action en fait pilotée par une agence de communication mandatée par les dirigeants des deux entreprises.

 

«Les Bricoleurs du dimanche », un mouvement spontané de salariés de Leroy-Merlin et Castorama tous super-enthousiastes à l’idée de passer leurs week-ends à bosser. Des acharnés du taf regroupés en collectif de travailleurs pour faire pression sur le gouvernement. Dans Jeu d’influences (1), une enquête sur les « spin doctors », ces gourous de la communication de crise qui conseillent politiques et grands patrons, le journaliste Luc Hermann révèle le détail de l’opération de communication « Travail le dimanche ». Une mobilisation entièrement pilotée par une agence de communication mandatée par les directions de Castorama et Leroy-Merlin et financée par les deux mêmes groupes. Des concurrents féroces unis dans une vaste opération de lobbying.

 

Contacté en novembre 2012 par le directeur de la communication de Leroy-Merlin qui cherche à peser sur un gouvernement réticent à élargir le droit à travailler le dimanche, Stéphane Attal dirige l’agence de communication « Les Ateliers Corporate ». Il conseille alors à la direction de la chaine de magasins de bricolage de « s’effacer derrière leurs employés » : « Il faut créer de toutes pièces un mouvement de salariés », pense-t-il.

« Yes, week-end ! », un slogan contre le travail dominical signé par Jean-Marc Ayrault en… 2008

 

L’agence réunit alors un panel de salariés à Paris et constitue des groupes de travail. Les salariés votent pour le nom du groupe « Les Bricoleurs du dimanche », les publicitaires récupèrent le slogan « Yes, week-end ». Une jolie trouvaille empruntée, en fait, à une tribune publiée en 2008 dans Libération et hostile au travail dominical ! A l’initiative du député socialiste Christian Eckert, la tribune est cosignée par 120 députés dont un certain Jean-Marc Ayrault et a pour titre exact : « Repos dominical : Yes week-end ! »

A l’époque le gouvernement de François Fillon étudie l’hypothèse d’une extension du travail dominical, ce dont l’opposition de gauche ne veut pas entendre parler, dénonçant la fin d’un acquis social conquis de haute lutte. Ironie du sort, cinq ans plus tard, c’est finalement Jean-Marc Ayrault,  premier Ministre socialiste, qui promettra un assouplissement des dispositifs sur le travail dominical…

 

Eléments de langage, identité visuelle, choix d’un porte-parole du mouvement, slogans, produits dérivés, organisation de manifestations de salariés, tournage de vidéos en mode « amateur » diffusées sur les réseaux sociaux, « Les Ateliers Corporate » prépare toute la logistique et la stratégie de communication de ce mouvement prétendument spontané. Leroy-Merlin et Castorama payent les bus de salariés qui vont manifester à Paris.

Sifflets, pancartes, le mouvement affiche sa détermination. France 2, France 3, Canal+, i>Télé, BFMTV, France Inter, France Info, RTL, Radio Classique, L’Humanité, Le Parisien et Le Figaro sont là. Les médias, si prompts à dénoncer les « privilèges » des uns et des autres, adorent déjà ce mouvement résolument moderne de salariés qui piétinent leurs propres acquis sociaux et clament haut leur envie de « travailler plus pour gagner plus ».

 

A l’évidence, les dirigeants d’Ateliers Corporate connaissent parfaitement les réflexes automatiques de nos médias dominants, toujours enthousiastes à la seule évocation de toute réforme incluant une dose de flexibilité.
Le PS à l’origine d’un dispositif pour le travail dominical : mission accomplie !
Le leader des « Bricoleurs du dimanche » s’appelle (ça ne s’invente pas) Gérald Fillon ! Salarié de Leroy Merlin depuis 2011, il est alors en relation constante avec son coach, Xavier Yvon,  directeur associé des fameux Ateliers Corporate. C’est même Xavier Yvon qui donnera à un conseiller de Matignon le contact du leader des « Bricoleurs du dimanche » que Jean-Marc Ayrault rencontrera quelques jours plus tard à Matignon.

 

L’agence de communication met aussi en scène un mouvement de résistance de magasins qui osent braver l’interdit en ouvrant un dimanche… où ils étaient, en l’occurrence, parfaitement autorisés à ouvrir. Les journalistes tombent dans le panneau : « Il suffit de savoir lire, mais on n’est pas obligé de demander aux gens s’ils savent lire. Les journalistes n’avaient pas compris. Ils n’ont qu’à faire mieux leur métier et travailler plus en profondeur », moque Stéphane Attal.

 

Des communicants à la barre, des enseignes en sous-marin, des employés à l’abordage, des médias pas très curieux, complices à « l’insu de leur plein gré » et toujours avides de nouvelles formes d’expression sociale, des politiques suivistes et sans conviction, incapables de résister à la pression médiatique. En appui, sont publiés aussi des sondages qui montrent pour la plupart que si les Français sont majoritairement pour l’ouverture des magasins le dimanche, ils sont très majoritairement contre le travail le dimanche. Une contradiction dont on fera peu de cas.

 

Peu à peu, le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche s’impose dans les médias parfois à l’initiative même du gouvernement. Le nouveau Ministre du tourisme et du commerce extérieur, Laurent Fabius, s’est ainsi exprimé en faveur du travail dominical.

Les patrons des enseignes n’ont qu’à surfer sur la vague et arriver en soutien du mouvement des salariés.

 

En avril, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement annonçait que le gouvernement présenterait d’ici à la fin de l’année un dispositif pour autoriser l’ouverture des commerces le dimanche dans la capitale. Une mission de communication parfaitement accomplie…

(1) Jeu d’influences, Luc Hermann, Jules Giraudat, Editions La Martinière.

Le documentaire sera diffusé ce mardi 6 mai sur France 5 à 20h35.

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Lu sur : http://www.marianne.net/Les-Bricoleurs-du-dimanche-un-mouvement-spontane-entierement-pipeaute_a238613.html?com#comments

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