Travail dominical : syndicats et commerçants pour un grand débat

  • REPOS DOMINICAL oui, TRAVAIL DU DIMANCHE non
  • Revue de presse

Les syndicats ne sont pas seuls à s'opposer à la généralisation du travail dominical : des organisations professionnelles de commerçants défendent aussi le repos du dimanche, au nom des rythmes sociaux et d'une concurrence loyale. Ils accusent en effet la grande distribution de pousser au travail dominical à la seule fin d'augmenter ses parts de marché.

Démontrer que le travail du dimanche n'apporterait ni croissance ni emplois supplémentaires et replacer ainsi cette question dans le champ d'un vrai débat de société : c'est l'exercice auquel s'est essayé hier, à la bourse de travail de Paris, près de la place de la République, des organisations syndicales mais aussi patronales opposées à la généralisation du travail dominical.  Appelé à jouer un rôle de grand témoin de l'expertise économique, Eric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l'OFCE (observatoire français des conjonctures économiques), a estimé qu'en l'état actuel de la conjoncture, on pouvait plus que douter d'une embellie économique apportée par la seule généralisation du travail le dimanche.

Une croissance illusoire

La croissance relancée ? "Cela signifierait que les ménages réduisent leur épargne pour consommer davantage. Nous n'avons rien observé de tel en Allemagne lorsque ce pays a assoupli le travail dominical', a expliqué Eric Heyer. Un chiffre d'affaire supérieur généré grâce à un afflux de touristes venus consommer le dimanche ? Là non plus, aucune étude n'a démontré à l'étranger un tel bénéfice, constate Eric Heyer en s'interrogeant : "Sont-ce les touristes qui vont aller le dimanche dans les enseignes de bricolage ?" L'économiste a par ailleurs souligné que le travail dominical générerait parmi les entreprises "des perdants et des gagnants" : "Cela pourrait favoriser les grandes enseignes de la distribution, où la productivité est plus forte que dans les petits commerces, et donc paradoxalement très peu l'emploi". Un jeu à somme nulle décrit ainsi par Karl Ghazi, secrétaire de la CGT commerce de Paris : "Accepter le travail dominical serait céder au lobbying des grands groupes de la distribution qui ont un pouvoir de frappe et d'implantation très puissant et qui cherchent, dans un contexte économique morose, à grignoter des parts de marché supplémentaires sur d'autres acteurs".

"Les grandes enseignes veulent créer des habitudes de consommation"

Les autres syndicalistes présents ont renchéri de plus belle. "L'enjeu pour les grandes enseignes est de créer des habitudes de consommation sur lesquelles on ne pourra pas revenir", a dénoncé Eric Scherrer, du Seci-Unsa. "Il y a 150 ans, les travailleurs du commerce travaillaient 7 jours sur 7 et n'avaient pas accès aux prud'hommes. Faut-il donc tout recommencer?" s'est énervé Christophe Lecomte, secrétaire fédéral chargé du commerce à FO. 

Cinq dimanches par an, "pas un de plus"

Des arguments partagés par les organisations de commerçants présentes hier, lesquelles défendent aussi leur pré-carré. Les oreilles de Michel Sapin, le ministre du Travail, et Jean-Paul Bailly, l'auteur du rapport sur le travail dominical, ont dû siffler. "Un commerçant n'a pas besoin d'un énarque pour savoir s'il doit ouvrir le dimanche. Si cela ne lui rapporte rien de plus, car les clients ne vont pas venir une fois en semaine et une autre fois le dimanche, et si cela lui coûte plus cher, à quoi bon?", s'est interrogé Charles Melcer, président de la confédération des commerçants de France, en réclamant le maintien de la limite actuelle de 5 dimanches travaillés par an.
"Et pas un dimanche de plus", a approuvé Jean-Paul Bellet, vice-président de l'union nationale des détaillants des fruits et légumes : "Nous occupons plus d'emplois que la grande distribution, qui n'a de cesse de vouloir ouvrir 7 jours sur 7. Mais si on nous oblige à ouvrir tous les jours, qui trouvera-t-on comme successeur pour nos commerces ? Qui va vouloir travailler ainsi?" Il faut réagir, "ne pas se laisser aspirer", a complété Francis Palombi, de la confédération des commerçants de France.
Dans la foulée, Karl Ghazi a demandé "une grande concertation nationale réunissant les salariés, les employeurs et les représentants de la société civile" sur la question du repos et du travail dominical.

Un paysage syndical éclaté

L'union sacrée patron-syndicalistes contre le travail dominical a toutefois ses limites. "Non, nous n'avons rien à voir avec les bonnets rouges, malgré la couleur de la cravate de mon voisin", a plaisanté Karl Ghazi (CGT). D'autant que des divergences demeurent. Si tous les syndicats partagent la volonté d'éviter une généralisation du travail dominical, les positions ont été différentes sur le premier dossier concret, à savoir les négociations sur le bricolage. CGT et FO ont refusé l'accord sur les contreparties et attaqué le décret autorisant le travail dominical dans ce secteur, tandis que la CFDT, la CGC et la CFTC ont signé le texte (notre article). Et hier n'étaient présents qu'une partie des syndicats, les rapports entre les fédérations commerce et leurs propres confédérations étant parfois difficiles...


Castorama : les 150% de majoration sur la sellette ?
Chez Castorama, les salariés travaillant le dimanche bénéficient d'une majoration de leur salaire de 150%. Or l'accord de branche dans le bricolage signé le 23 janvier dernier prévoit une majoration de 100%. La direction de Castorama a donc proposé aux syndicats de signer un document qui proroge la majoration maison de 150%. Mais seulement durant les 15 prochains mois, c'est à dire durant le temps d'application du décret provisoire autorisant le travail dominical dans le bricolage. "Nous avons refusé une telle durée limitée. Notre rôle est de négocier, pas de parapher quelque chose de préparé à l'avance", nous indique Jean-Paul Gathier, délégué syndical central FO. Ce dernier redoute que cette majoration de salaire soit remise en cause au bout des 15 mois. Il observe en outre que l'enseigne a l'intention d'ouvrir certains dimanches des magasins où ce n'était pas l'habitude, comme à Dijon, alors même que la fédération patronale (FMB) s'était engagée sur une liste limitative de magasins....

 

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