Travail le dimanche, la fuite en avant

Ils étaient plus d'une centaine la semaine dernière et ils seront sûrement le même nombre, ce matin dès 9 h 30, à manifester devant le Super U de Podensac, contre la nouvelle ouverture de l'hypermarché le dimanche. Une ouverture qui n'a rien à voir avec la nouvelle législation, puisque les magasins dits « à prédominance alimentaire » sont depuis longtemps autorisés à ouvrir le dimanche.

Beaucoup ne s'en privent d'ailleurs pas. C'est la raison que met en avant Elie-Jacques Gayffier, propriétaire du Super U de Podensac, pour justifier ses ouvertures dominicales : « Tout le monde doit être logé à la même enseigne, dit-il. S'ils (Ndlr, les pouvoirs publics) font fermer les autres ce jour-là, je ferme aussi. »

 

Une concurrence acharnée

C'est donc apparemment par nécessité, face à une concurrence acharnée, que ce patron qui, étrangement, se dit « foncièrement opposé au travail le dimanche », s'est vu « contraint » d'ouvrir.

C'est par nécessité également que les Intermarchés de Langoiran et de Cadillac, désormais au pied du mur, devraient être forcés d'ouvrir le dimanche avant la fin de l'année. Une perspective qui pousse les employés de ces magasins à manifester aussi, tandis que leurs patrons les préparent à un inexorable travail dominical. « Jusqu'à présent, il était hors de question que l'on ouvre, précise Christine Dominguez, déléguée du personnel d'Intermarché Cadillac. C'est lui (Ndlr, Elie-Jacques Gayffier) qui a lancé la guerre, alors nous ferons pression sur Super U jusqu'à ce qu'il ferme. » De là à afficher un soutien sans faille pour le personnel, il y a un pas qui n'a pas été franchi. La semaine dernière, les manifestants ont ainsi dû rayer sur leurs tracts l'allusion à la solidarité de leur direction.

Une chose est sûre, la mobilisation des employés de ses concurrents rend le patron du Super U furieux : « Qu'ils manifestent chez eux si leurs patrons ouvrent ! Je ne vois pas pourquoi ils viennent m'emm... ! » D'après lui, les manifestants portent préjudice à son commerce en empêchant les gens d'entrer. Il qualifie d'ailleurs le chiffre d'affaires de dimanche dernier de « ridicule ».

 

Dur pour le petit commerce

Une bonne nouvelle pour les employés d'Intermarché, déterminés. « C'est très bien comme ça, dit Christine Dominguez. Si la fréquentation est mauvaise, il fermera peut-être. » Liliane Ballot, la présidente de l'Association des commerçants de Cadillac assiste à cette guerre des enseignes et s'inquiète pour son secteur d'activité : « Nous, les petits commerces, allons en prendre un coup. »

Un point de vue qu'Elie-Jac- ques Gayffier ne partage pas : « Un bon boucher reste un bon boucher. S'ils vendent dans la semai- ne, ils vendront le dimanche. » Liliane Ballot en doute : « Si tout ouvre le dimanche, les gens ne consommeront pas plus. Ils ne consommeront pas plus que ce dont ils ont besoin. »

Alors, sur fond de course au chiffre entre des grandes surfaces, qui se forcent à ouvrir les unes après les autres sept jours sur sept, le commerce indépendant, encore dynamique dans ce secteur rural craint de connaître le même sort que dans certaines autres cités. Avec, au-delà, la crainte de voir la vie des bourgs et des villages perdre en densité et en convivialité, et pas seulement le dimanche...

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